Le bédouin et sa femme

La Spiritualité et la Sagesse musulmanes
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Le bédouin et sa femme

Message non lu par asso » 10 janv. 2013, 21:48

Salam aleykoum,

Une nuit, une Bédouine dit à son mari comme si elle portait son discours au-delà des limites
pour se plaindre :
- Pendant que nous souffrons de la pauvreté et de la difficulté, le monde entier vit dans la joie.
Nous seuls sommes malheureux. Nous n’avons pas de pain ; notre unique condiment est l’angoisse et l’envie. Nous n’avons pas de cruche d’eau et notre eau unique se trouve dans les larmes qui coulent de nos yeux. Notre vêtement du jour est la brûlure du soleil et la nuit, la lumière de la lune constitue notre lit et nous couvre. Nous imaginons que le disque de la lune est un rond de pain et levons les mains au ciel pour l’attraper. Le plus pauvre des pauvres a honte de notre pauvreté ; lorsque le jour vire à la nuit obscurcie par notre anxiété, elle nous donne notre maigre repas quotidien. La famille et les étrangers nous fuient comme les gazelles fuient les hommes.
Le Bédouin demanda à sa femme d’être patiente et dans un état de contentement, il lui déclara l’excellence de la patience et de la pauvreté comme suit :
- Encore combien de temps chercheras-tu l’argent et les acquisitions de ce monde ? Combien de temps nous reste-t-il encore à vivre ? Le plus long est passé. L’homme sensé ne cherche ni la quantité suffisante ni la déficience car les deux couleront et passeront comme un torrent. Que la vie soit pure, claire et paisible ou qu’elle soit une turpitude de sang, n’en parle pas puisque cela va juste durer un moment. Dans ce monde, des milliers d’animaux vivent heureux sans se soucier de gagner ou de perdre. Ces plaintes vaines sont comme une faux pour nous : juger ceci comme cela ou bien tel ou tel est comme ceci est une tentation du Démon. Sache que toute peine naît du désir ; chasse le désir qui est en toi s’il existe, fais-le. Quand tu étais jeune, tu étais plus satisfaite ; maintenant tu es une chercheuse d’or alors qu’auparavant, en effet, tu étais toi-même de l’or précieux et parfait. Tu étais comme le vin fertile. Comment as-tu réussi à te pourrir lorsque ton fruit s’est mûri ? Le fruit aurait dû devenir meilleur avec l’âge.
La femme lui dit alors en criant :
- Ô toi qui t’es fait une réputation avec tes leçons de morale ! Je ne me laisserai pas prendre par tes jolis mots et être dupée encore longtemps avec tes sermons. Ne parle pas de non-sens dans ta présomption et prétention ; va-t-en, ne me parle pas de fierté et d’arrogance. Combien de temps encore vas-tu continuer de proférer des phrases aussi pompeuses et artificielles ? Regarde tes propres actes et sentiments et aie honte ! Je dis assez à cette palabre, cette prétention et ce vacarme. Ô toi, à qui appartient la maison qui est aussi fragile que celle de l’araignée ? Quand est-ce que ton âme a été illuminée par le contentement ? Est-il que tu n’en connais pas plus que le nom. Ne m’appelle plus épouse ; ne bouge plus tes lèvres ainsi. Je suis le mat de la justice et non celui de la fraude.
Le mari répondit calmement :
- Ô femme ! Es-tu une femme ou la mère de la désolation ? La pauvreté est ma fierté. Ne
m’assomme pas avec tes reproches. La richesse et l’or sont comme un chapeau qu’on porte sur la tête.
L’un doit être hardi pour le couvrir de sa casquette. Mais lorsqu’il a de belles mèches frisées, il est plus heureux ainsi que lorsque sa casquette s’en va. Les riches recouvrent leurs fautes avec leur argent.
La pauvreté est quelque chose que tu ne comprends pas. Ne la dédaigne pas ! Aux yeux des prophètes et des saints, cela est perçu comme une bénédiction. Cette pauvreté me rapproche encore plus d’Allah.
Qu’Allah me protège des désirs de ce monde matériel ! Je porte en moi un monde fait de contentement. Ô femme ! Arrête de te battre et abandonne ceci pour que cela ne nuise pas à notre relation. Autrement laisse-moi seul. Mon âme répugne à se réconcilier, laisse de côté les luttes. Il serait meilleur pour toi de rester silencieuse. Sinon, je quitterais directement la maison…

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Re: Le bédouin et sa femme

Message non lu par asso » 10 janv. 2013, 21:51

Salam aleyokum,

Suite:

Ayant entendu les paroles à propos de la séparation, la femme constata qu’il était furieux et difficile à ménager. Elle commença à pleurer, mais les larmes, en vérité, n’étaient qu’un leurre féminin. Elle s’approcha de lui se couvrant de malice et d’humilité :
- Je suis comme ta poussière, je ne mérite pas d’être ta vieille femme. Mon corps, mon âme et tout ce que je suis t’appartiennent : tu es le seul à détenir l’autorité et à commander. Si, à cause de la pauvreté, mon cœur a perdu patience, ce n’est pas juste pour moi mais c’est aussi pour toi. Tu as été le remède à toutes mes afflictions ; je ne veux pas que tu sois sans le sou. Dans mon âme et ma conscience, il n’y a pas de place pour moi : ces plaintes et gémissements sont pour toi. Que la miséricorde me libère de ma vanité ou qu’elle soit en colère. Ô toi dont la nature est meilleure que cent tertres de miel !
De cette façon, comme elle parlait gracieusement et de manière charmeuse, une crise de larmes la gagna. Lorsque ses pleurs et ses sanglots cessèrent, elle était fascinante une fois au repos. Dans cette pluie de larmes apparut un éclair qui alluma une étincelle dans le coeur de l’homme solitaire. En commençant à jouer l’esclave soumise, elle, dont le beau visage rendait l’homme esclave, l’amena à considérer comment il pourrait être. L’homme céda aux demandes de sa femme. Il devait chercher des moyens d’existence, la considéra comme son contraire et en distingua un signe divin.
Ayant observé le changement en son mari, la femme dit :
- Nous avons de l’eau de pluie dans la cruche : il s’agit de ta propriété, de ton capital et de tes moyens. Prends cette cruche d’eau et part. Offre-la et va en présence du Roi des rois. Dis : <<Nous n’avons pas d’autres moyens que ceci : dans le désert, rien n’est meilleur que l’eau. Bien que vos trésors soient remplis d’or et de joyaux, vous n’avez encore jamais vu une eau telle que celle-ci. Elle est rare.>>
La femme ne savait pas qu’à Bagdad, près de la rue traversant le centre-ville, dans une rivière aussi grande que la mer, coulait une eau aussi douce que le sucre, avec plein de bateaux et de filets.
Elle cousit un sac en feutre pour la cruche d’eau de pluie et la scella bien car elle était parfaitement convaincue qu’il s’agissait d’un présent inestimable pour le Calife.
L’homme dit :
- Oui, ne couche pas la cruche. Prends-en soin comme s’il s’agit d’un présent qui va nous
apporter un grand profit. Mets-la dans un feutre pour que le Calife rompe son jeûne avec notre cadeau.
Il n’y a pas une eau pareille dans le monde entier. Aucune autre n’est aussi pure que celle-ci.
Lorsque le Bédouin arriva à la porte de la place du Calife après avoir remonté le désert, les
officiers de la cour vinrent à sa rencontre et lui offrirent généreusement une eau de rose en guise de bienveillance. Sans qu’il dise le moindre mot, ils perçurent ce qu’il demandait. C’était leur habitude de donner avant de demander. Puis il chercha à leur dire :
- Ô gens respectés ! Je suis un misérable Bédouin. J’ai parcouru tout ce chemin jusqu’au palais pour l’amour des dinars. Quand je suis arrivé, je suis tombé dans un état d’ivresse à sa vue (contemplative). Apportez ce présent au Sultan et honorez la prétendante du Roi avec indigence. C’est une eau douce dans une nouvelle cruche verte – une partie de l’eau de pluie que nous avons collectée dans le fossé.
Les officiers lui sourirent et acceptèrent la cruche dans une posture magnanime comme si elle était aussi précieuse que la vie. Évidemment la bienveillance du bon et sage Calife avait marqué et impressionné le caractère des gens de la cour. Il accepta le présent et accorda les largesses malgré le fait qu’il n’avait nullement besoin de ce présent constitué de l’eau et de la cruche. Il ordonna :
- Donnez-lui cette cruche remplie d’or. Pour qu’il retourne chez lui, amenez-le au Tigre. Il est
venu en empruntant la voie du désert, en voyageant par les terres : il lui sera plus aisé de retourner par la voie fluviale.
Lorsque le Bédouin s’embarqua sur le bateau, il vit le Tigre. Il se prosterna de honte et inclina la tête en disant : <<Oh, quelle est belle la gentillesse de ce bon roi ! C’est d’autant plus remarquable qu’il a accepté l’eau. Comment cette mer de munificence si généreuse a-t-elle accepté une telle fausse friandise qui vient de moi ?>>


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Re: Le bédouin et sa femme

Message non lu par asso » 10 janv. 2013, 21:51

Salam aleykoum,

Suite et fin:


Le mesnevı :
Sachez, Ô fils, que tout dans l’univers visible est une cruche remplie de sagesse et de beauté jusqu’au bord. Sachez aussi que tout dans l’univers est une goutte du Tigre appartenant à Sa beauté.
Cette dernière était un trésor caché à cause d’une abondance débordante et rend la terre plus brillante que les cieux comme il fit monter la terre telle que la robe en satin du Sultan. Cependant, si le Bédouin avait vu la goutte du Tigre divin malgré ceci, il aurait dû immédiatement détruire la cruche. Ils l’ont vu, ils se sont toujours perdus : comme un côté d’eux-mêmes, ils jettent violemment une pierre sur la cruche de leur propre existence. Vous qui avez jeté jalousement des pierres sur la cruche, sachez qu’elle s’est juste élevée à une perfection plus haute en se fracassant. La jarre s’est brisée, mais l’eau n’en coula pas : à partir de la fracture, sa solidité augmenta de cent plis. Chaque pièce de la jarre est une danse d’extase bien que pour la raison discursive, cela puisse être absurde. Dans cet état d’extase, ni la cruche ni l’eau ne se manifeste. Considérez-le bien, et Allah sait le mieux ce qui est juste.
Dans l’histoire, le Bédouin représente la raison spirituelle alors que sa femme représente le désir (le nafs). L’intellect et le nafs sont toujours engagés dans une lutte ; les deux résidant à l’intérieur du corps. Ils se battent continuellement nuit et jour. La femme représentant le nafs véhicule les besoins du corps ; elle veut l’honneur, le statut, être appréciée, des vêtements et de la nourriture.
Occasionnellement, elle se montre humble pour aboutir à ses fins. Quelquefois elle agit avec arrogance lorsqu’elle atteint l’apogée.
Cependant, la raison spirituelle ignore les pensées du corps. Il est uniquement préoccupé par l’amour pour Allah. Il est écrasé par le poids de l’agonie et la peur possible de perdre l’amour pour Allah.
Le Calife est le Tigre du savoir divin dans l’histoire. Le Bédouin qui apporta une cruche d’eau
du Tigre est pardonnable car il ne le savait pas. Il habitait dans le désert loin du Tigre. S’il avait su à propos du Tigre, il n’aurait pas transporté la cruche dans le désert. Au lieu de cela, il l’aurait jetée sur les rochers et brisée en mille pièces comme pour s’efforcer de nettoyer et purifier son coeur sur l’ordre du Prophète qui est<<mourir avant que tu ne meurs>> en l’intégrant et de découvrir le Tigre divin.
La femme représentant le nafs et le Bédouin la raison spirituelle n’avaient pas pourtant réalisé que la vraie valeur et le plaisir étaient dans l’eau du savoir divin. Le goût en était dépendant pour obtenir une part d’elle provenant de l’océan de la sagesse divine.
D’autre part <<la porte du Calife>> représente la <<porte divine>>.
Un croyant ne devrait jamais compter sur le savoir, la propriété, la richesse ou les bonnes
actions sans se soucier ô combien elles sont abondantes. Il devrait voir tout ceci comme les présents d’Allah et garder en tête la réalisation en étant indifférent au nombre de bonnes oeuvres faites par chacun. Celles-ci ne sont qu’une cruche d’eau venant du Tigre.
L’eau qui fut collectée dans le désert par le Bédouin avec grand soin et qui fut présentée au
Calife était l’élixir de sa vie. Néanmoins, lorsqu’elle fut versée dans le Tigre, elle disparut en lui.
La totalité des choses que l’être humain comprend à propos de l’ordre divin est moindre qu’une goutte d’eau du Tigre lorsqu’on le compare à l’étendue de sa réelle immensité. La cruche d’eau dans l’histoire représente notre savoir limité. Pourtant, puisque nous sommes ignorants du savoir sans fin d’Allah, nous pensons que nos connaissances sont immenses et vastes. Ceci ressemble à une fourmi qui assimile sa fourmilière au monde entier ou à un poisson qui compare son aquarium à un océan immense. Ceci pourrait être un acte d’une vaste illusion, dû à l’ignorance que le nain a au sujet de sa taille. L’être humain pense à la manière d’une fourmi ou d’un poisson que l’on vient de mentionner.
Lorsque la cruche de l’existence s’est fracturée, l’eau en elle s’est infiltrée et est devenue
transparente et claire. Des manifestations exceptionnelles émergent de cette fracture.
Le Messager d’Allah dit : <<Ô mon Seigneur ! Gloire à Toi ! Je déclare que Tu es dénué de
toute imperfection. Nous ne pouvons savoir la voie qui mène à Toi pour Te connaître !>>

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